pourkoijeveille

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Définitions

Toutes ces définitions sont issues du Trésor de la Langue Française Informatisé (http://atilf.atilf.fr)

VEILLER, verbe

A.  Empl. intrans.
1. Vieilli. [Corresp. à veillée A] Assister à une veillée; passer la soirée en compagnie. Veillé chez les ***; lecture, causerie et parties de dames(AMIEL, Journal, 1866, p. 250).
2. Être en état de veille, ne pas être endormi. La douleur aiguë à son flanc, il doutait maintenant s’il l’avait vraiment éprouvée; il ne comprenait plus où commençait, où s’arrêtait son rêve, ni si maintenant il veillait, ni s’il avait rêvé tout à l’heure (GIDE, Caves, 1914, p. 702).
3. Ne pas dormir volontairement pendant le temps consacré normalement au sommeil. Veiller tard, jusqu’à minuit, jusqu’au matin, toute la nuit; veiller pour attendre qqn, pour lire, pour travailler; veiller pour rester auprès/près d’un malade, d’un mort; veiller au chevet de qqn. Adolescent, il tirait un vif sentiment d’orgueil à veiller quand tous dormaient; il attendait l’ange qui vient visiter celui qui a résisté le plus longtemps au sommeil(VAILLAND, Drôle de jeu, 1945, p. 120).
 P. métaph. Au fond du sanctuaire À peine on aperçoit la tremblante lumière De la lampe qui brûle auprès des saints autels. Seule elle luit encor, quand l’univers sommeille: Emblème consolant de la bonté qui veille Pour recueillir ici les soupirs des mortels (LAMART., Médit., 1820, p. 196).
 [Le suj. désigne une lumière] Bougie qui veille. Une petite lampe électrique veillait, sur la table de nuit (DUHAMEL, Nuit St-Jean, 1935, p. 194).
4. Être de garde, en particulier, la nuit. Un réseau de barbelés encerclait la conférence. Des postes américains veillaient au-dehors et au-dedans et ne laissaient entrer, ni sortir, personne (DE GAULLE, Mém. guerre, 1956, p. 77). V. vedette I A ex. de Hugo.
 P. métaph. Sur les pitons aigus veillent en sentinelles d’étranges petites villes, dont les maisons-forteresses (…) se ramassent dans une étroite enceinte (VIDAL DE LA BL., Tabl. géogr. Fr., 1908, p. 343).
5. Être en éveil, être vigilant. Les chevaux faillirent s’emballer. Heureusement que le cocher veillait, et put les retenir à temps (RAMUZ, A. Pache, 1911, p. 149).
 P. métaph. Sa présence d’esprit, sa vertu, veillaient dans le péril le plus extrême (SAINTE-BEUVE, Volupté, t. 2, 1834, p. 133).
B.  Empl. trans.
1. Empl. trans. dir.
a) Vieilli. Surveiller.
[Le compl. d’obj. désigne une pers.] Il a de mauvais desseins, il faut le veiller de près (Ac. 1835, 1878). [L’alpiniste aveuglea le pied montagnard, puis son fils est là qui le veille, lui place les talons (A. DAUDET, Tartarin Alpes, 1885, p. 187).
[Le compl. d’obj. désigne une chose] Jean-Louis, va-t’en veiller la bécane, garçon. Vois-tu que le type saute dessus et file derrière notre dos(BERNANOS, Crime, 1935, p. 749).
 MAR. Veiller les icebergs. Maintenant on veille l’horizon, et la première terre qui paraîtra tout à l’heure sera une terre bretonne (LOTI, Mon frère Yves, 1883, p. 150). Veillant les éperons sous-marins, nous nous sommes engagés dans les couloirs étroits et sinueux dont les crêtes semblaient atteindre le ciel (CHARCOT, Mer Groëland, 1929, p. 62).
b) Passer la nuit auprès d’un malade pour le surveiller, pour s’occuper de lui. Le médecin sortit.  Il faudra veiller Jacques pendant cette nuit, mère Colas. S’il vous disait qu’il étouffe, vous lui feriez boire de ce que j’ai mis dans un verre sur la table (BALZAC, Méd. camp., 1833, p. 132). Moi qui l’ai veillé, toutes les nuits à l’époque de sa congestion pulmonaire (MAURIAC, Myst. Frontenac, 1933, p. 164).
Passer la nuit au chevet d’un mort. Le commandant (…) fait porter son corps à l’église (…). Toute la nuit, à tour de rôle, nous l’avons veillé. Moi, de dix heures à minuit (ARLAND, Ordre, 1929, p. 197).
 P. métaph. Entr’ouverts ces cercueils ornés de fleurs mouillées Une lampe y demeure et veille mes noyées (GENET, Poèmes, 1948, p. 54).
c) Veiller que + subj. Synon. vieilli de veiller à ce que (infra 2 b). Veillez que chose pareille ne recommence pas (MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Nos Angl., 1885, p. 53). Prends garde et veille que le char Qui porte mon enfant n’échappe à ton regard (MORÉAS, Iphigénie à Aulis, 1903, p. 150).
2. Empl. trans. indir.
a) Veiller à qqc./qqn. Prendre soin de quelque chose/quelqu’un, s’en occuper attentivement.
Rare. [Le compl. d’obj. désigne une chose concr.] Des domestiques (…) versaient les vins, veillaient au pain et aux carafes (ZOLA, Curée, 1872, p. 340). Femmes qui vivent au logis, font la soupe, veillent aux hardes (MILLE, Barnavaux, 1908, p. 238).
 Veiller au grain. V. grain II A.
[Le compl. d’obj. désigne une chose abstr.] Veiller au bonheur, à la conservation, à la défense, à l’éducation, à l’exécution, aux intérêts, au maintien, au salut, à la sécurité, à la sûreté de qqn/qqc. Quel délice ce m’est de me souvenir de ma vie chez toi, de ces quelques jours (…) où j’ai cessé de me contraindre, de me dissimuler, de veiller à mes paroles, de me faire une attitude! (RIVIÈRE, Corresp. [avec Alain-Fournier], 1907, p. 272).
 HIST. Veillons au salut de l’empire. [Chant patriotique sous la Révolution]
Rare. [Le compl. d’obj. désigne une pers.] Je jure de veiller avec soin aux fidèles dont la direction m’est confiée (ERCKM.-CHATR., Hist. paysan, t. 1, 1870, p. 360).
b) Veiller à ce que + subj. Faire en sorte que, prendre garde que. Il faut (…) protéger la reproduction naturelle [des poissons] (…) en veillant à ce que les espèces ne soient ni pêchées, ni troublées, au moment du frai (Code pêche fluv., 1875, p. 136).
c) Veiller à + inf. Faire en sorte que, prendre garde à. Un pré marécageux où il faut veiller à ne pas s’enfoncer (DURANTY, Malh. H. Gérard, 1860, p. 226). Dieu sait si les nazis veillaient à empêcher toutes relations entre Français et Allemandes (AMBRIÈRE, Gdes vac., 1946, p. 197).
d) Veiller sur qqc./qqn. Surveiller attentivement quelque chose/ quelqu’un, en prendre soin.
[Le compl. d’obj. désigne une chose concr.] Veiller sur le linge. Il se pratiquait des lectures gratuites à l’étalage des libraires par les jeunes gens affamés de littérature et dénués d’argent. Les commis chargés de veiller sur les livres exposés laissaient charitablement les pauvres gens tournant les pages (BALZAC, Illus. perdues, 1839, p. 293). [Les] adultes (…) apprennent au petit à veiller sur sa pelle lorsqu’on le mène au jardin public (Jeux et sports, 1967, p. 129).
 P. métaph. L’étroit passage entre les Corbières et la mer, sorte de Thermopyles sur lesquelles veillait le château de Salses (VIDAL DE LA BL., Tabl. géogr. Fr., 1908, p. 353).
[Le compl. d’obj. désigne une chose abstr.] Veiller sur le bonheur, la conduite, les jours, le sommeil, la vie de qqn. Si l’homme ne veille pas sur les desirs de son ame, et sur sa priere même, il peut encore augmenter son infortune, parce que les desirs de l’homme sont puissants (SAINT-MARTIN,Homme désir, 1790, p. 72). Il faut que tu veilles sur ta santé cérébrale pour qu’elle ne soit plus troublée par le moindre malaise (RIVIÈRE, Corresp.[avec Alain-Fournier], 1907, p. 285).
 P. métaph. Une de ces lampes antiques et pâles qui veillent au milieu de la nuit sur le sommeil ou la volupté (DUMAS père, Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 411).
[Le compl. d’obj. désigne une pers.] Veiller sur ses enfants. Matrena Pétrovna erre, dans la maison, de la cave au grenier, veillant sur l’époux comme une chienne de garde, prête à mordre, à se jeter au-devant du danger, à recevoir les coups, à mourir pour son maître (G. LEROUX, Roul. tsar, 1912, p. 22).
Prononc. et Orth.: [], [ve-], (il) veille [], []. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. Intrans. 1. ca 1120 veillier « être en état de veille; ne pas dormir pendant le temps destiné au sommeil » (Psautier Oxford, éd. Fr. Michel, 101, 8); 2. 1176-84 villier (GAUTIER D’ARRAS, Eracle, éd. G. Raynaud de Lage, 3202); 3. 1210 « rester constamment en éveil pour intervenir en cas de besoin » (HERBERT DE DAMMARTIN, Foulque de Candie, éd. O. Schulz-Gora, 6101). B. Trans. 1. 1340 « tenir quelqu’un dans l’état de veille » (GILLES LE MUISIT, Li Lamentations ds Poésies, éd. Kervyn de Lettenhove, t. 1, p. 63)  1573 [éd.], J. A. DE BAIF ds GDF. Compl.2. a) 1409 « passer la nuit au chevet d’un mort » Avoir… veliet le corps de le ditte feue (3 août, Exéc. test. de Maigne Esquiequelme, VDestamquierque, A. Tournai, ibid.); b) 1465 « passer la nuit auprès d’un malade, pour l’assister en cas de besoin » (Exéc. test. Grard Le Crich, A. Tournai, ibid.: Pour avoir veillié ledit deffunct durant sa malladie); 3. ca 1590 [éd.] « exercer une surveillance sur quelque chose ou sur quelqu’un » (MONTAIGNE, Essais, I, 23, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 111); 4. 1794 « (d’une source lumineuse) rester allumée auprès de quelqu’un, constituant ainsi une sorte de présence » (CHÉNIER, Élégies, p. 53: C’est moi, près de son lit, qui fis veiller les feux Pour garder mes amours, pour éclairer nos jeux). C. Trans. indir. 1. veiller à a) 1538 + subst. « s’occuper activement de quelque chose, y donner tous ses soins » (EST.); b) 1538 « prendre garde à » (ibid.); c) 1549 veiller à faire qqc. (ibid.); mil. XVIIIe s. veiller à ce que+ subj. (MONTESQUIEU, Esprit des Lois, XV, XVII, éd. J. Brethe de la Gressaye, t. 2, p. 232); 2. 1553 veiller sur qqn, qqc. (La Bible, s.l., impr. J. Gérard, Nomb. 31, 30). D. Subst. 1536 ung… veiller nocturne (R. DE COLLERYE, Le Blason des Dames ds Œuvres, éd. Ch. d’Héricault, p. 127). E.1690 « passer la veillée avec des parents, des amis, pour se distraire » (FUR.: On va ce soir veiller chez un tel, on y jouëra, on y dansera). Du lat. class. vigilare « veiller, être éveillé, être sur ses gardes, attentif », dér. de vigil « éveillé, vigilant, attentif », comme subst. « garde de nuit, veilleur ». E est dér. de veille* étymol. I; dés. -erFréq. abs. littér.: 3 756. Fréq. rel. littér.: XIXe s.: a) 5 501, b) 6 119; XXe s.: a) 5 816, b) 4 500.
DÉR. Veilloir, subst. masc. a) Région. Lieu où se déroule une veillée. Les vieilles riaient dans le veilloir, arrêtant le mouvement de leurs pauvres mains tremblantes, qui tricotaient des bas ou filaient de l’étoupe (MOSELLY, Terres lorr., 1907, p. 17). b) Technol. Table où travaillent les bourreliers, les cordonniers, les selliers. (Dict. XIXe et XXe s.).  [].  1res attest. a) 1680 « table sur laquelle le bourrelier place ses outils et ses matériaux » (RICH.), b) 1881 région. « cave dans laquelle les femmes veillent ensemble en travaillant » (MENIÈRE, Gloss. du pat. ang.), 1893 id. « lieu où l’on se réunit pour faire la veillée » (MARTELLIÈRE, Gloss. Vendômois); a dér. de veiller étymol. A, suff. -oir*, cette table étant ainsi appelée parce que les ouvriers se rangent autour pour travailler le soir à la chandelle (v. FEW t. 14, p. 438b, note 10); b mot du centre de la France, dér. de veillerétymol. E au sens de « faire la veillée », suff. -oir*.

VEILLEUR, -EUSE, subst.

A.  Subst. masc. ou fém.
1. Personne qui assiste à une veillée. Les vieux veilleurs m’ont raconté (…) que, certaines nuits (…) les mécaniques causent entre elles (DUHAMEL,Suzanne, 1941, p. 218).
2. Personne qui ne dort pas. La lumière venant d’un veilleur solitaire, d’un veilleur obstiné prend une puissance d’hypnotisme (BACHELARD, Poét. espace, 1957, p. 50).
3. Personne qui veille un malade ou un mort. Veilleurs du mort adoré (GONCOURT, Journal, 1889, p. 965). Le marmottement des vieilles femmes, des veilleuses funèbres (BERNANOS, Mouchette, 1937, p. 1291).
 Empl. subst. ou adj., p. métaph. Le coq chante, veilleur exact et diligent (VERLAINE, Œuvres compl., t. 1, Jadis, 1884, p. 354). Ce que j’entends, c’est bien, comme à nos fermes, les animaux veilleurs échanger une minute leurs cris, le chien hululer, la chouette aboyer (GIRAUDOUX, Suzanne, 1921, p. 217).
B.  Subst. masc.
1. Personne qui est de garde la nuit. Synon. garde2surveillant. On organisait la défense: vers la tombée du jour, des veilleurs se tenaient à l’entrée des villages, prêts à donner l’alarme (A. FRANCE, Île ping., 1908, p. 108). Il fallait veiller ces carrés de choux comme un trésor. Les gens avaient donc établi des baraques où dormait un veilleur armé d’un bâton (VAN DER MEERSCH, Invas. 14, 1935, p. 322).
2. En partic.
a) Soldat de garde, en particulier la nuit. Synon. garde2sentinelle. Mon tour de veille est terminé, et les autres veilleurs, enveloppés de toiles de tente humides et coulantes (…) se dégagent de la terre où ils sont encastrés, se meuvent et descendent (BARBUSSE, Feu, 1916, p. 251).
b) Vieilli. Veilleur (de nuit). Employé municipal chargé de surveiller la ville la nuit et d’annoncer les heures. À Douai ou Cambrai, le veilleur doit encore, à minuit, sonner la trompe aux quatre vents. Quant aux heures, elles ne sont plus dites que par une crécelle (MICHELET, Chemins Europe, 1874, p. 194). Les cris du veilleur de nuit disent l’heure et le temps qu’il fait (MORAND, Londres, 1933, p. 44).
c) [Dans un bâtiment, une entreprise] Veilleur (de nuit). Gardien de nuit. Synon. vigile2La consigne du veilleur était des plus rigoureuses. Il devait s’occuper, jusque vers une heure du matin, à laver les bagnoles (…). Ensuite, il était libre de s’asseoir sur un pliant, à la condition, toutefois, d’arpenter toute la bâtisse au moins deux fois l’heure, de veiller à la porte et de répondre au téléphone (DUHAMEL, Suzanne, 1941, p. 215).Un paquebot vide que parcourt un veilleur de nuit (GRACQ, Beau tén., 1945, p. 189).
 [Dans un hôtel] Employé chargé du service de nuit, en particulier de la réception de la clientèle. Le téléphone sonna. Le veilleur y alla, y parla, revint.  Ce sont, dit-il, les deux dames du 15 qui demandent des citronnades (QUENEAU, Pierrot, 1942, p. 201).
REM. Veilleux, subst. masc., région. Personne qui participe à une veillée. Un baquet de bois placé à l’envers reçoit l’unique chandelle fournie à tour de rôle par chacun des veilleux et qui projette sur l’assemblée sa lumière jaunâtre (MENON, LECOTTÉ, Vill. Fr., 2, 1954, p. 87).
Prononc. et Orth.: [], fém. [-ø:z]. Att. ds Ac. dep. 1762. Étymol. et Hist. I. 1. 1200 veilliere subst. « celui qui surveille, qui exerce une garde » (JEHAN BODEL, Jeu St Nicolas, éd. A. Henry, 486); 1355 villeur (Instr. ann. 1355 ex. Tabul. Duac. ds DU CANGE, s.v. vigilator); 2. 1832 veilleur de nuit « personne qui parcourait autrefois les villages en annonçant les heures de la nuit » (DUMAS père, Tour Nesle, I, 1er tabl., 1, p. 4); 1833veilleur (QUINET, Ahasvérus, p. 178); 3. 1845 veilleur « personne chargée de surveiller un établissement public ou privé la nuit en effectuant des rondes » (BESCH.); 1922 en partic. dans un hôtel veilleur de nuit (PROUST, Sodome, p. 1117). II. Mil. XIXe s. adj. ou subst. « celui, celle qui participe aux veillées » (d’apr. ROB. 1985). Dér. de veiller*; suff. -eur2*. Fréq. abs. littér.: 556. Fréq. rel. littér.: XIXe s.: a) 289, b) 595; XXe s.: a) 1 102, b) 1 135.

SENTINELLE, subst. fém.

A.  1. a) Soldat placé dans un poste avancé. Synon. guetteurChaque grand’ garde ayant besoin d’être prévenue à temps de l’arrivée de l’ennemi, établira en avant d’elle des observateurs, des sentinelles, qui, ayant elles-mêmes besoin d’être soutenues et recueillies, demanderont en arrière des petits postes (FOCH, Princ. guerre, 1911, p. 58).
 P. métaph. D’autres [oiseaux de merse cantonnent sur un rescif, et, sentinelles vigilantes, élèvent pendant la nuit une voix lugubre, pour écarter les navigateurs (CHATEAUBR., Génie, t. 1, 1803, p. 188).
 Sentinelle double. Groupe de deux soldats faisant ensemble le guet. On organise la garde de la tranchée, en attendant qu’on ait des nouvelles de ce qu’ont fait les autres et de ce qui se passe en avant. Je vais te mettre en sentinelle double, avec Paradis, dans un trou d’écoute que les sapeurs viennent de creuser (BARBUSSE, Feu, 1916, p. 281).
 Sentinelle perdue. Soldat placé dans une position avancée et dangereuse. (Dict. XIXe et XXe s.).
b) Soldat armé chargé d’assurer la garde d’un poste militaire, d’un lieu occupé par l’armée, etc. Synon. factionnairePoster, placer, poser, relever une sentinelle; la sentinelle présente les armes, monte la garde, veille; sentinelle attentive, endormie, farouche, inflexible; cordon de sentinelles; ligne des sentinelles; sentinelle en faction:

L’Allemand saute du camion, longe le mur, ouvre la porte d’une cabane. Les yeux du caporal brillent; il guette. Les sentinelles ont détourné la tête; il se jette à quatre pattes, se glisse sous les fils de fer, allonge la main; un hurlement: la sentinelle le couche en joue. Il veut reculer, l’autre sentinelle lui fait signe de rester immobile. Il attend, blême, la main encore tendue, le derrière en l’air.
SARTRE, Mort ds âme, 1949, p. 226.

c) P. anal. Personne placée en un endroit particulier pour épier, pour surveiller, pour garder. Synon. gardien, surveillantElle aperçoit à l’entrée la fille d’Adario, sentinelle vigilante qui observoit de loin les mouvements de son père (CHATEAUBR., Natchez, 1826, p. 404).
Rem. Au masc. dans l’ex. suiv.: [Apollonprend tous les dehors de l’antique Butès Qui d’Anchise autrefois fut l’écuyer fidèle, Et devant son palais vigilant sentinelle (DELILLE, Énéide, 1804, p. 263). ,,C’est probablement (…) l’embarras de la mesure qui [a] produit cette licence«  (LAV. Diffic. 1846).
2. Au fig. Ce qui garde, préserve. Quand Dieu voit nos fautes, il voit aussi nos repentirs; vous avez raison, ma chère maîtresse (…) Ô mon bel ange gardien, la jalousie est la sentinelle qui ne dort jamais (BALZAC, Mém. jeunes mariées, 1842, p. 258).
3. Pop. ,,Excréments isolés qui salissent les abords de certaines voûtes, de certains parapets ou de certains gazons, semblant crier aux souliers aventureux: On ne passe pas ici«  (LARCH. 1858, p. 511).
4. TECHNOL., IMPR. ,,Lettre qui tombe d’une page et reste debout sur le marbre lorsqu’on enlève la forme«  (COMTE-PERN. 1974).
B.  [Dans des loc.]
1. [À propos d’un soldat] En sentinelle. Placé en faction pour exercer une surveillance, pour guetter. Mettre qqn en sentinelle; être en sentinelle.Nous ne sommes plus au temps où le soudard primait dans le monde et calottait le citoyen, au temps où l’on ôtait sa pipe devant un recru en sentinelle (BOREL, Champavert, 1833, p. 210). Mon frangin, qui a ses quarante-trois ans pourtant, et qui habite près de Châlons, il a été convoqué à la gare. Paraît qu’ils lui ont fichu un vieux képi sur le crâne, des cartouchières sur son veston, un fusil dans la main, et hardi! Viens que je te poste en sentinelle au viaduc! (MARTIN DU G., Thib., Été 14, 1936, p. 508).
 En sentinelle perdue. En faction dans une position exposée, dangereuse. J’aidais les camarades, j’espionnais, je me battais, je me mettais en sentinelle perdue ou à l’arrière-garde; mais je n’ai jamais versé le sang d’un homme qu’à mon corps défendant! (BALZAC, Curé vill., 1839, p. 181).
 P. anal. En se tenant immobile pour exercer une surveillance. Palmyre, la terrible servante de l’abbé Cognasse, était là, sur le seuil, en sentinelle sévère qui notait les bons chrétiens (ZOLA, Vérité, 1902, p. 229). Des ménagères (…) gardaient leurs emplettes sur les bras et leur regard allait rapidement à droite, à gauche; quelques-unes avaient posé leurs paquets par terre et se tenaient en sentinelle (ROY, Bonheur occas., 1945, p. 124).
 P. métaph. Ce vieux corbeau, éternellement en sentinelle dans l’angle de la fenêtre, acheva de surexciter les esprits (LORRAIN, Contes chandelle, 1897, p. 62). L’on rentre dans sa petite maison, l’on traverse ce jardinet qui fut si laid sous le ciel d’hiver (…) son peuplier en sentinelle vous souhaite la bienvenue (MORAND, Bucarest, 1935, p. 126).
2. Faire sentinelle. Surveiller, guetter; p. méton., attendre longuement. La jeune femme marche doucement sans regarder derrière elle, et sans se douter qu’elle est suivie de loin par M. Monfignon qui, depuis deux jours, fait sentinelle devant la maison des Grospré (KOCK, Âne M. Martin, 1862, p. 215). À différentes reprises, tout le long du voyage, ils aperçurent des cavaliers solitaires qui semblaient, en effet, faire sentinelle à l’abri d’énormes genévriers (GIONO, Angelo, 1958, p. 209).
Prononc. et Orth.: []. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 1540 centinelle « soldat placé en faction pour faire le guet » (LA GRISE, trad. Guevara, III, 49 ds HUG.); 1546 sentinelle (RABELAIS, Tiers Livre, éd. M. A. Screech, Prol., p. 10); 2. 1558 p. ext. faire la centinelle « faire le guet » (J. GRÉVIN, La Trésorière, IV, 5, éd. E. Lapeyre, p. 73); 3. 1640 pop. (OUDIN Curiositez: poser une Sentinelle . i. descharger son ventre en quelque lieu descouvert). Empr. à l’ital. sentinella, att. au sens 1 dep. 1518-25 (FIRENZUOLA ds TOMM.-BELL.), dér. de sentire « sentir, entendre, écouter » (sentir*; v.A. PRATI ds R. Ling. rom. t. 19, pp. 210-211 et FEW t. 11, p. 471b et 472b). Fréq. abs. littér.: 989. Fréq. rel. littér.: XIXe s.: a) 1 594, b) 1 762; XXe s.: a) 876, b) 1 374. Bbg. DAUZAT Ling. fr. 1946, p. 49.  HOPE 1971, p. 149, 221.  KEMNA 1901, p. 237.  QUEM. DDL t. 27.  WEDGWOOD (H.). Fr. etymologies. Romania. 1879, t. 8, pp. 438-439.

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