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Encre et lumière

1 commentaire

Ainsi courait la plume
Longue et triste sur la page
Ombre penchée vers l’aube à venir
Vaine promesse.
Dehors, le jour s’enténébrait
Le monde s’éteignait
Quelle flamme dans ma nuit ?
Aube si lente à venir
Qui retient tes voiles,
Et qui sont tes guetteurs ?
Dehors tout n’était que plaintes
Peurs, tonnerres et fracas.
Les eaux, sorties de leur lit,
Charriaient mille et mille
Fétus, sabres et chevaux,
Guenilles chamarrées,
Pauvres lambeaux.
Où couraient les flots, alors ?
Vers quels océans d’ocre et de rouille ?
Du haut de leur palais d’ombre,
Vaste balcon en surplomb sur la ville,
Des masques en cape de velours
Lèvent vers les cieux
Une coupe de vin grenat
A la gloire des lois écrites
Pour le salut de l’errante humanité,
De ces lois qui tombent les statues
Enfantent des chimères
Arrachent l’enfant à la mère
Et l’aïeul à la vie.
Et ils riaient,
Ô comme ils riaient sous leurs masques
Devant cette Terre éventrée,
Vidée de son sang,
Sans nul à son chevet.
L’encre de la plume se répand dans la nuit.
Sans nul à son chevet
Déjà les eaux grattent à ma porte
Et m’offrent poliment leur linceul.
Et si au loin une bougie s’allumait
Aurais-je alors, moi aussi,
L’infime et infini courage
De trouer la nuit
D’une flamme éternelle ?
Elle a fleuri soudain
Cette flamme si pure
Là-bas, tout au creux de la nuit
Infime et infinie
Seule et vacillante.
Et voici que soudain scintillent
Par toute la ville
Mille, mille et mille
Fugitives et invincibles lueurs
Murmures d’amour
Souffle de paix
Éclats de beauté
Écoutez, chers cœurs, ces voix qui brillent dans le soir !
Enfin les guetteurs se lèvent
Sans masque et sans épée
Ils avancent, hommes et femmes,
Libres et fiers !
L’aube enfin déchire ses voiles
Et voici, chers cœurs, qu’alors paraît
L’espérance.

 

Babette

Licence Creative Commons
Encre et lumière de Babette est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.

Une réflexion sur “Encre et lumière

  1. c’est sublime
    mille bravos Babette
    « du haut de leur palais d’ombre… » et les vers qui suivent, sont une splendeur baudelairienne, mais en plus accouchant d’une beauté saine

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