pourkoijeveille

Un site non-officiel créé par des veilleurs et des sentinelles pour témoigner

N’ayons pas peur et continuons

Poster un commentaire

Voici mon témoignage. Il date du 19 avril 2013. C’était il y a un an, j’ai écrit ça le lendemain de la 2ème. veillée. Je n’ai pas l’impression que le combat ait beaucoup changé, ni la position du gouvernement, ni encore les CRS qui sont toujours présents.

Hier soir, j’étais aux Invalides. Il y avait deux groupes:
– des personnes excitées qui criaient et que les CRS ont fini par disperser vers 23h. Du coup, elles se sont joints au deuxième groupe.
– le deuxième groupe était composé de jeunes et moins jeunes, de prêtres, d’un représentant des Musulmans de Versailles… Peut être même des enfants de CRS, des parlementaires … Seulement des Enfants de France.
Des centaines de jeunes assis dans l’herbe, tassés les contre les autres. Les seuls bruits qui s’échappent sont celui du micro et des intervenants ainsi que le chant de l’Espérance repris continuellement par la foule. Les organisateurs veillent à ce que les bouteilles en verre reviennent vers l’avant pour être jetées dans une poubelle et qu’elles ne servent pas de projectiles sur les forces de l’ordre. Tout le monde s’exécute. Pendant ce temps là, des bougies circulent partout.
Il semblerait que des policiers avec le pull de « la manif pour tous » soient assis avec nous.
Une photo de Gandhi est brandie. Tous les textes lus sont un appel au calme. Le but est de résister par la force de l’esprit. Ce calme fait du bien. Retrouver un peu de sérénité face à la violence que montre la presse. Quelques journalistes font leurs apparitions.
Puis un cordon de CRS s’est formé autour de nous. La peur a commencé un peu à se faire sentir. Pourquoi envoyer des CRS contre des personnes qui sont assises dans l’herbe calmement? Le Champ de Mars est-il évacué par des CRS tous les soirs en été?
A 23h a lieu la première sommation des CRS. Nous étions libres de partir. Avec des amis, nous sommes restés. Les organisateurs nous ont demandé de resserrer les rangs. Et toujours ce chant de l’espérance qui résonne avec ses bougies allumées. La veillée doit se finir à minuit et demi. Nous rentrerons par le dernier métro.
Puis à 23h30, deuxième sommation des CRS. Nous discutons avec notre voisin qui nous dit que c’était pareil hier. Il a été embarqué au poste. Nous partons en pensant à ceux qui restent et à notre avenir. Dans la foule, il y a des futurs professionnels qui ne peuvent pas avoir de casier judiciaire. Nous ignorons ce qui ce passera si nous sommes embarqués. C’est cette peur ci qui nous fait partir.
Comme nous partons volontairement, les CRS nous encadrent jusqu’au métro. Par conséquent, nous discutons avec eux. Ils avouent avoir du mal à comprendre. Il devait y avoir autant de CRS que de veilleurs. Certains avaient eu la gentillesse d’enlever leurs casques. Quelle violence craindre de ces jeunes? Le moment reste surréaliste. Une foule unie par l’Espérance et le calme, face à des CRS perdus avec ces « manifestants » d’un nouveau genre. Tout ceux qui partaient volontairement étaient raccompagnés jusqu’au métro.
Plus tard, j’apprendrai que la veillée s’est finie dans le calme et que les CRS ont raccompagné les personnes jusqu’au métro. Il y a eu évidemment quelques heurts (1 blessé léger selon « Métro ») mais comme savoir si ces gens étaient du premier ou du deuxième groupe (un groupe d’extrême droite selon « métro » ?)
Ce qui me fait peur, et réagir aujourd’hui c’est cette démesure. Des jeunes qui sont calmes mais qui ne veulent pas céder face à un gouvernement qui n’entend pas la rue.
Si l’on m’avait dit qu’un jour, en France, j’aurai peur pour la démocratie, j’aurais ri. Aujourd’hui je pleure.
Nous avons grandi à l’école de la République où l’histoire de France nous a été enseignée : Clovis, les Lumières, 1789, le totalitarisme, le nazisme, la résistance, les fondements de la Vème. République … Nous y avons aussi appris l’importance du dialogue, nous pensions que la démocratie (gouverné avec et par le peuple) était acquise. Je ne pensais pas qu’un jour j’aurai peur pour elle. Que doivent penser nos prédécesseurs qui se sont battus pour elle? La France qui accueille chaque année des personnes qui fuient la dictature de leurs pays, la France pays des droits de l’homme et du citoyen voit aujourd’hui ses héritiers avoir peur pour elle. Mais nous ne renoncerons pas. Comme nos prédécesseurs, nous nous battrons, pour eux, pour nous, pour nos héritiers. Sinon comment croire en l’avenir dans notre pays?
Mais aujourd’hui, après avoir été raccompagnée par des CRS, (car nous dérangeons le gouvernement par notre résistance pacifique) après avoir eu peur de me faire embarquer car j’étais assise dans l’herbe à écouter calmement des gens me parler de paix, je suis plus déterminée que jamais à continuer de résister toujours dans le plus grand calme.
N’ayons pas peur, et continuons.

 

Aude

 

 

Licence Creative Commons
N’ayons pas peur et continuons de Aude est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s