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« Cris, feux de Bengale, pétards, face à face tendu. Non, vraiment je n’étais pas venu pour ça »

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Comment je suis devenu veilleur, ce 22 avril 2013…

Ce 22 avril 2013 devait être pour moi une journée comme les autres. Un métro boulot dodo de plus. Sauf que ce fut une journée particulière, une journée qui allait me marquer. J’avais participé aux manifestations depuis novembre. Rentrant souvent trop tard du travail, je n’avais pas participé à celles du soir. J’étais au courant que depuis quelques jours, à l’issu des manifestations, des jeunes se réunissaient dans un combat sans violence sur cette pelouse des Invalides.

Ce jour là, c’était le vote de la loi Taubira. J’aurais pu participer à la manifestation. Je pouvais me libérer à temps mais je ne suis pas allé. Ce jour là, j’étais plein de tristesse et de calme. Le bruit et le tumulte d’une manifestation ne me convenaient pas.

Vers 22h je suis allé sur cette fameuse pelouse des Invalides. Beaucoup de monde, et de bruit. Des sloogans un peu provocateurs, repris par des groupes constitués. D’un coup, comme à un signal, j’ai vu un mouvement de foule vers cette barrière tenue par les CRS. Cris, feux de Bengale, pétards, face à face tendu. Non, vraiment je n’étais pas venu pour ça.

Et puis, j’ai aperçu les veilleurs, à part sur cette pelouse. Assis en calme, ils tournaient le dos à cette violence stérile. Voilà ce que je cherchais. Voilà comment je les ai trouvés. Voilà comment je les ai rejoints.

Première veillée. Des moments simples mais purs partagés autour d’un symbole aussi frêle que fragile, aussi dérisoire que lourd de sens : cette petite bougie, que nous avions chacun avec nous.

Des moments d’interrogation quand le bruit et le vacarmes se rapprochaient. Des moments de doutes quand les CRS nous ont encerclés. Alors s’est élevé doucement cet air, de l’espérance. Même pas un chant, un mumure, sans les paroles. Juste un souffle, des textes lus et nos bougies voilà tout ce qui nous a protégé ce soir là de cette violence vaine qui nous entourait.

Cette suite de Bach dans l’air du soir, alors que les lacrymogènes répondaient aux claquement des pétards, la fragilité de ce violoncelle seul, alors que les CRS se rapprochaient, cette douce lumière de nos bougies alors que des bangalores brûlaient plus loin, voilà ce qui me reste en mémoire de cette première veillée.

Depuis j’ai veillé. J’ai veillé de nombreuses fois, à Paris et pendant la marche l’été dernier. 

A défaut de l’histoire que je n’avais jamais négligée, j’ai redécouvert la littérature et la philosophie. Ces textes que j’avais écouté d’une oreille distraite il y a des années, se sont mis à prendre un sens différent. J’ai rouvert certains de mes livres, j’en ai acheté d’autres. Et puis surtout, je me suis à questionner certaines certitudes confortables dans lesquelles je m’étais installé.

Il y aura définitivement pour moi un avant et un après ce mois d’avril 2013 !

Arnaud

 

 

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« Cris, feux de Bengale, pétards, face à face tendu. Non, vraiment je n’étais pas venu pour ça » de Arnaud est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 4.0 International.

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