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Un site non-officiel créé par des veilleurs et des sentinelles pour témoigner

« Alignés comme des menhirs »

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(english version here)

Photographie des alignements de menhirs du ménec à Carnac (France). image Wikipedia

Pourquoi je veille ?

Je suis une sentinelle assez fidèle depuis juin 2013.

Quinquagénaire plutôt tranquille, assez respectueux de l’ordre, fondamentalement légaliste, je me suis découvert un zèle militant dont j’ignorais qu’il puisse m’animer. Au-delà de ma sensibilité de catho assumé, les enjeux anthropologiques me sont apparus comme trop importants pour m’en laver les mains. Je me suis alors intéressé plus que de coutume à l’actualité. J’ai très vite perçu le mépris affiché par le clan au pouvoir pour tout débat réellement démocratique et respectueux de l’altérité. J’ai écrit et fait publier mon opinion sur ces dénis de démocratie, et j’ai participé à une dizaine de manifestations en 2013, tant dans ma province où je vis qu’à Paris où je passe 3 jours par semaine. Puis j’ai été révolté par les violations des droits fondamentaux, les injustices, les mensonges et la violence gratuite, bête et méchante commise par ceux d’en face.

Les veilleurs ont été une première révélation, féconde. Je n’étais pas aux premières veillées, mais j’ai eu la chance de comprendre ce que ce mode d’action pouvait apporter : développer la conscience de chaque individu, créer du lien social entre personnes de bonne volonté en partageant culture et démarche de réflexion. Là encore, j’ai été profondément heurté et révolté par la répression démesurée d’un pouvoir gorgé de ses certitudes et s’attribuant le devoir de les imposer à tous de force, puisque le gré est inopérant.

Est venu le jugement de Nicolas Bernard-Buss et le violent coup reçu sur la tête par tous ceux qui ont réalisé ce jour-là qu’en France, il est possible d’être jugé et détenu pour son opinion. Certes l’hypocrisie ambiante a prétendu maquiller sous du vulgaire droit commun les faits, mais qui est dupe ? Là encore, révolté par l’injustice, j’ai su très vite que mon devoir était de rejoindre l’initiative des veilleurs debout. Ce que j’ai fait sans tarder, place Vendôme le plus souvent, mais parfois dans d’autres endroits suivant l’actualité du moment. Ce mode de protestation est devenu essentiel pour moi, et depuis fin juin 2013, je viens très régulièrement Place Vendôme pour y veiller comme sentinelle (ou veilleur debout) lors de mes séjours parisiens. Pour me moquer de moi-même, je me dis que j’emprunte la pose aux menhirs de la région que j’aime et où je vis, immobile, immuable, comme le témoignage visible de ma contestation irréductible et pacifique. Les forces de l’ordre diront « pas si immuable que ça » : elles ont parfois eu à me transporter, mon obstination leur refusant le plus souvent d’accéder à leurs injonctions de bouger. Je me suis aussi permis de porter sur la place publique virtuelle quelques témoignages de veilles et des diverses répressions et oppressions de la police.

Mais tout ceci n’est pas la cause de mes veilles comme sentinelle, ce n’est que mon cheminement.

Pourquoi je veille ?

Bien sûr ma démarche est une continuation de la lutte anthropologique qui a fait se lever tant de personnes en 2013. Je suis un petit soldat insignifiant et pacifique qui a mis sur son drapeau aux couleurs flashy une famille, parce que je souhaite préserver la famille, mais aussi la dignité de l’homme de sa conception à sa mort, et la justice, et enfin une conception exigeante de la démocratie. Ce sont les revendications que je porte lorsque je fais face au ministère de la justice ou en tout lieu où je veille.

Cette démarche est destinée au pouvoir qui, même s’il feint de ne pas nous voir du fond de ses voitures officielles aux vitres teintées et blindées, sait que nous sommes là et que nous n’abandonnerons pas la lutte. Ce message tous les jours répété comme une écharde que l’on ne pourrait enlever, leur rappelle peut-être l’immense violence dont ils ont usé pour imposer au pays une loi immorale au seul service d’un tout petit mais très puissant lobby.

Il y a des rencontres, et j’ai eu le plaisir de parler avec de nombreux passants, français ou étrangers de passage, intrigués par nos veilles. Leur expliquer notre démarche, son histoire et mes motivations a toujours été un devoir et aussi un plaisir, même si parfois certains ne partageaient pas mes préoccupations, mes aspirations.
Il y a aussi les rencontres avec des sentinelles et veilleurs debout qui en sont venus à constituer une authentique et solide fraternité d’armes, au-delà des idées que nous ne partageons pas toujours de la même façon.

Il convient d’alimenter un feu pour qu’il ne s’éteigne pas, et les sentinelles (mais aussi les veilleurs et les mères veilleuses) me semblent devoir être un soufflet qui alimente en oxygène le foyer de la lutte. Cela passe par une présence continue sur les réseaux sociaux, puisque les journaux sont si défaillants. C’est de mon point de vue un complément essentiel à la veille que de faire savoir ce que nous faisons, malgré l’omerta habituelle des médias, ou la vision au travers d’un prisme idéologique lorsque le silence est brisé.

Je suis aussi devenu un « subversif light ». J’essaye, aussi courtoisement que possible lors de mes contacts avec les forces dites de l’ordre, de semer le doute dans leur esprit. Il m’est intolérable que le pouvoir actuel les transforme en une milice à la solde d’une caste au pouvoir au lieu d’être au service de la nation. Chaque doute que j’aurais pu instiller chez eux sur le caractère totalitaire de ceux qui sont à la tête de leur chaîne de commandement viendra alimenter une défiance qui ne serait que logique.

Peut-être aussi un peu parce que je suis accro : la veille est une sorte de drogue dont il n’est pas simple de se passer.

Pourquoi je veille ?

J’ai des enfants, peut-être un jour serais-je grand-père. Le monde que je laisserai à mes héritiers est plus cabossé, plus abîmé que celui dont j’ai pu bénéficier, et je ne peux pas imaginer ne pas en être (au moins en partie) responsable. Convoqué au tribunal des générations futures, je pourrais admettre de subir maints reproches : ne pas avoir fait les bonnes choses, ne pas avoir bien fait, ne pas en avoir fait assez, ne pas avoir commencé de faire assez tôt. Toutes ces critiques, je pourrais les accepter en conscience. Mais je ne voudrais pas devoir avouer que je n’ai rien fait : rendu conscient des enjeux, il me serait impossible, insupportable de ne rien faire.

@remseeks

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« Alignés comme des menhirs » de @remseeks est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 4.0 International.

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