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Geneviève, sentinelle des petits

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Nous avons rencontré Geneviève, ce petit bout de femme qui depuis plus de neuf mois symbolise à elle seule les Veilleurs Debout de la place Vendôme.
C’est le 5 juillet que Geneviève a commencé à veiller. Le jour précédent, elle avait lu dans le journal Le Parisien un article sur les Veilleurs qui protestaient contre la loi Taubira et l’emprisonnement d’un jeune appelé Nicolas. Indignée, Geneviève les avait rejoints.
Depuis ce 5 juillet, Geneviève a pris racine devant le ministère de la Justice.
Nul autre qu’elle n’a veillé avec autant de constance jour après jour, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il gèle.

Le matin, elle fait des ménages

Geneviève a 69 ans depuis le 3 septembre. Elle habite dans le 13ème arrondissement mais elle est née en Seine-et-Marne dans une famille de cultivateurs. Elle a vécu 22 ans dans la petite exploitation familiale avant de passer quelques années à Lisieux et de s’installer définitivement à Paris. C’était en 1974.
Elle touche une petite retraite qu’elle complète en « faisant des ménages » chaque matin. Mais pas le dimanche nous précise-t-elle d’un air entendu.
Le soir elle reprend son poste place Vendôme.
Elle qui n’a pas la télévision ne connaît pas Internet, encore moins Twitter ou Facebook. Et pourtant Twitter et Facebook la connaissent. Elle a aussi été vue à la télévision.

D’abord timide, Geneviève devient intarissable quand elle commence à parler. Les mots jaillissent, s’entrechoquent, se répètent. Geneviève vous regarde avec un sourire de grand-mère plein les yeux.
Et voilà que Geneviève prête le flanc aux accusations que font peser certains medias et hommes politiques sur La Manif Pour Tous, les Veilleurs et les Veilleurs Debout : Geneviève est chrétienne. Sa principale occupation lorsqu’elle se tient là debout, immobile, est la prière silencieuse. Pour Geneviève, ce n’est pas un aveu, c’est une évidence. Elle a sa foi toute simple chevillée au corps. Et lorsqu’elle lit dans les journaux que le gouvernement veut autoriser des personnes de même sexe à se marier et à adopter des enfants, elle ne l’accepte pas. Dans sa simplicité, elle sait que l’homme ne peut pas aller contre les lois de la nature. Elle sait également, du haut de son mètre 60 et de ses 69 ans, que chaque fois que l’homme a eu cette tentation, cela s’est mal terminé.
Pour elle, Dieu est d’abord un maître de bon sens : sans foi, les hommes perdent la raison. Alors elle prie : pour la France, et pour l’abolition de la loi sur le mariage gay.
Pour elle, cette loi est dangereuse et peut créer des confusions dans les esprits. « Le mariage a été institué par Dieu notre Père entre un homme et une femme appelés à faire une seule chair. » Elle explique avec ses mots simples que la vocation du mariage c’est de fonder une famille. La conséquence sonne comme une évidence pour Geneviève : comment deux personnes de même sexe pourraient-elles fonder une famille puisqu’elles ne seront jamais fécondes ?
Elle nous regarde, l’air grave : « Cette loi est une bêtise, une bourde. »
Ce petit bout de femme sans prétention, représentante de la France des petits, des sans-grades – elle qui n’a pour tout diplôme que le Certificat d’Etudes (obtenu en 1958 nous dit-elle fièrement) –, se permet de tancer les politiques sortis de l’X, de Sciences Po ou de l’ENA. Mais son attitude est presque affectueuse : comme une grand-mère qui pincerait l’oreille d’un enfant quand il approche son doigt de la prise électrique.
Et Geneviève en rajoute, sûre de son fait : « Même dans le monde animal, l’union n’est possible qu’entre deux individus de sexe différent. C’est la même chose pour les hommes. »
Veiller c’est pour elle « une belle occasion de dire que le mariage c’est entre un homme et une femme. »
Elle défend le bon sens, mais également la tradition. « Quelque soit la religion, ou la non-religion des époux, – nous dit-elle malicieusement – c’est le rituel le plus célébré dans les familles. » Elle réfléchit un instant et ajoute « avec les enterrements, et encore… »
Geneviève continue son argumentation : « Les enfants ont besoin de savoir d’où ils viennent, quelle est leur filiation » On lui demande comment les enfants abandonnés, adoptés, pourraient s’inscrire dans ce schéma.
Elle nous parle alors des enfants adoptés par son frère, qui sont originaires du Liban. Ceux adoptés par son cousin. Bien sûr, un enfant adopté ne peut pas toujours connaître son origine biologique et beaucoup en sont douloureusement marqués.
Mais pourquoi priver un enfant volontairement de sa filiation ? Pourquoi infliger cette situation douloureuse à un enfant avant même sa naissance ? Pour elle, il est important que chacun, quand il le peut, puisse connaître son hérédité, ses antécédents génétiques s’il y en a.
Par la profondeur de ses réflexions Geneviève est à elle seule un démenti à tous les choix des idéologues qui se sont détournés du peuple et de son bon sens. Oui, même les gens simples peuvent réfléchir. Et ils sont nombreux les petits, comme Geneviève, qui dénoncent des hommes politiques dont la première préoccupation est désormais de satisfaire les désirs illégitimes de quelques groupes privilégiés, en dépit du bon sens, en dépit du bien commun.

Elle se met à rire et semble ne plus savoir s’arrêter

Une voiture passe à ce moment en klaxonnant bruyamment son soutien aux Veilleurs Debout. Geneviève rigole et fait un signe de la main. Quand certaines femmes estiment normal d’afficher leurs poitrines nues pour appuyer leurs revendications, d’autres se tiennent debout, pudiquement, et rigolent. Il faut dire que les poitrines passent, mais le rire des grand-mères reste.
Oui Geneviève vit dans un monde qui s’effondre peu à peu. Mais sa vie reste légère et elle rigole facilement, Geneviève.
Malgré toutes ces soirées passées place Vendôme, elle n’a jamais rencontré Madame Taubira. Elle la devine parfois dans une voiture aux vitres teintées, quand le ministre quitte ses bureaux, escortée par des motards. Le policier de faction se tient alors au garde-à-vous réglementaire.
Si jamais elle pouvait parler au ministre, elle l’humble ouvrière dressée innocemment en face du ministère, elle souhaiterait lui rappeler qu’elle aussi est née d’un père et d’une mère et que le mariage ne peut se concevoir qu’entre un homme et une femme.
Elle poursuit « la PMA coûte très cher à la Sécu. La GPA, c’est la location d’un ventre, réduire une femme en esclavage et traiter les enfants comme des marchandises ». Et elle reprend, contredisant Pierre Bergé « le ventre d’une femme n’est pas un caddie ».
Le débit est saccadé. Parfois, elle se met à rire et semble ne plus savoir s’arrêter. Pour Geneviève, la vie est la fois simple, grave et drôle. Une apparente contradiction qui se dissout dans la simplicité.
Elle saute d’un sujet à l’autre : nous parle de ses rencontres, des personnes qui traversent la place sans la voir ; et sans transition elle nous entraîne par la pensée vers Saint-Etienne du Mont et son jubé, vers la chapelle Saint-Vincent de Paul et la dépouille du fondateur des Lazaristes, vers Sainte Anne de la Butte aux Cailles… toutes ces églises de Paris qu’elle connaît sur le bout des doigts et qui regorgent d’anecdotes qu’elle sait par cœur. Geneviève est amoureuse de sa ville.
On lui demande : « qui sont ces gens qui veillent avec vous ? »
Elle nous explique que ça dépend. Depuis quelques temps, ce sont souvent les mêmes qui la rejoignent place Vendôme.
Elle se souvient, l’été dernier, d’un couple de musulmans qui était venu veiller un soir. La femme était enceinte. Ils partageaient le même combat et le même esprit pacifique.
« De temps en temps, nous dit elle, un jeune rabbin vient se joindre aux Veilleurs Debout. »
Hier soir, elle a vu un couple d’Américains. Elle était seule et, la croyant en détresse, ils lui ont proposé leur aide. « J’ai pris l’habitude de demander aux gens d’où ils viennent » nous dit Geneviève.
En novembre il y a eu pendant plusieurs soirs des ouvriers qui venaient installer les sapins de Noël sur la place.
Pas un mot des différentes expositions de plein air qui se sont installées place Vendôme avant d’être démontées. Comme si Geneviève n’avait même pas remarqué cet « art moderne » qui fait aujourd’hui la synthèse de l’insignifiance et de l’outrance.
Elle explique que depuis quelques mois c’est plus calme. Il y a eu des moments très « chauds », notamment en septembre, où la police obligeait tout le monde à reculer.
Comme pour confirmer son propos, aucun policier n’est visible ce soir là, malgré les deux douzaines de veilleurs sagement alignés. Il y a encore quelques mois, un fourgon aurait été dépêché pour leur faire face.
« Et les veilleurs assis ? » l’interroge-t-on. Geneviève indique avoir participé à quelques veillées. Elle a aussi fait toutes les manifestations de La Manif Pour Tous, et notamment la dernière du 2 février. Elle en parle avec enthousiasme : « une ambiance joyeuse, festive, calme ». Comme en 1984.
Geneviève répète qu’elle « ne compte pas lâcher le morceau ». Et elle manifestera autant de fois qu’il faudra.
On lui demande si elle prend parfois des vacances. Elle explique quitter de temps en temps Paris. Fin avril, elle sera à Rome pour la canonisation du bienheureux pape Jean-Paul II. Elle avait 34 ans le jour de son élection.
Geneviève semble loin de toutes les péripéties des Veilleurs et Veilleurs Debout : personne, policier ou passant, n’a jamais manifesté d’hostilité à son égard. Elle précise qu’elle se fait discrète. On veut bien la croire.
Elle rappelle que la police n’a réellement repoussé les Veilleurs Debout qu’au tout début, probablement avant le 5 juillet.

Les gens ne savent pas qu’une loi votée peut toujours être abrogée

On lui demande jusqu’à quand elle compte veiller.
Elle répond en rigolant, encore une fois, qu’à 3 heures du matin elle est toujours dans son lit. « Et depuis longtemps. » Elle se débrouille en fait pour ne pas rater le dernier métro. Et elle ajoute très sérieusement « je ne suis pas du matin ».
On lui signale, à deux mètres d’elle, un sticker de La Manif Pour Tous. Scandalisée qu’on puisse l’imaginer en train de commettre ce genre de méfaits, elle précise qu’elle n’a jamais collé d’autocollant.
On l’interroge sur son meilleur souvenir place Vendôme. Son visage s’éclaire et elle se remémore ce car de touristes qui s’était arrêté au deuxième jour de veille. « Qu’ont fait les touristes ? » lui demande-t-on. « Rien » nous répond-elle malicieusement. Seulement sur le car étaient écrites les lettres « P.M.A ». Et la voilà repartie dans un fou rire silencieux.
On finit par la quitter avec difficulté : on s’attache à cette petite grand-mère. Et puis maintenant qu’elle a commencé, difficile de l’interrompre tant elle a de choses à nous dire.
Un dernier regard, une dernière phrase saisie au vol « Les gens ne savent pas qu’une loi votée peut toujours être abrogée ».
Oui Geneviève a la foi : en Dieu d’abord mais également dans ce combat pour la justice devant le ministère qui en a le nom.
Dans ce combat avec des intellectuels aisés pétris de certitudes et de bonne conscience, les simples sont redoutables.
Pour ceux qui connaissent un peu l’histoire de Paris, ils sauront que Geneviève est la patronne de la ville. Il y a 1500 ans, elle a sauvé par son courage la ville des attaques d’Attila. Elle est aussi la patronne des gendarmes. Le savent-ils seulement ?
Une nouvelle statue de la sainte se dresse dans Paris : #Geneviève veille sur nous.

 

Propos recueillis par @vincent2l

 

 

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